Quand Lyon fait revivre les cinémas de quartier

Les Cinémas Nationaux Populaires (CNP) lyonnais ont réouvert ce 12 octobre après 9 mois de travaux. Quelques Lyonnais, très contents de retrouver leur cinéma de quartier semblent nourrir et partager un même sentiment, celui de vouloir résister, aux cotés des cinémas de quartier face aux cinémas grand public. Un après midi au coeur du CNP Bellecour.

« Si un film que je souhaite voir, passe dans plusieurs cinémas, moi je choisis le CNP sans hésitation, je soutiens le cinéma d’auteur et je suis fière de le faire vivre » déclare Monique 70 ans à la sortie du film The Lobster, très contente de la réouverture de son cinéma de quartier qu’elle avait l’habitude de fréquenter dans le passé.

CNP Exterieur - Anouck Oliviero-2© Institut Lumière Photo A. Oliviero - JL Mège Photographies
File d’attente devant le CNP de Bellecour © Institut Lumière Photo

Dans l’entrée du CNP de Bellecour, David est au guichet, seul à fournir les places, c’est le début d’après midi, le hall se remplit. Il n’est pas bien grand, pas de bar, pas de tapis rouge, ni de fauteuils, mais une unique allée où sont inscrits au sol les numéro 1, 2, 3 afin d’indiquer les salles. Les quatre films à l’affiche, ne dévoilent aucun Blockbuster. C’est un cinéma, qui souhaite profondément résister aux pressions du marché.

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Hall d’entrée du CNP Bellecour                 ©Marie Patureau

« A la ré ouverture, de nombreuses personnes se sont arrêtées, elles sont entrées et nous on dit Merci ! Il était temps que les cinémas populaires réouvrent » évoque avec beaucoup de joie, Sylvie Da Rocha une femme pétillante et dynamique. Elle est investie d’une mission personnelle, ancienne enseignante, aujourd’hui directrice du CNP de Bellecour, elle souhaite donner aux Lyonnais une ouverture cinématographique différente. « Les CNP redonnent une ambiance familiale et de proximité qui se perd avec les salles grand public » ajoute-t-elle avec soulagement.

 

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Sylvie Da Rocha responsable du CNP Bellecour ©Marie Patureau

Patrimoine
« je suis cinéphile, j’adore aller au cinéma, mais sachez que The Lobster on peut le voir à l’UGC, au Comédia, et on peut le voir ici. Moi j’ai choisi de le voir ici, le CNP sera toujours mon premier choix ». Pierre 70 ans est un vrai habitué des salles il vient 1 à 2 fois par semaine, d’une voix fatiguée et enrouée il aborde le fait que les CNP font parti du patrimoine venir ici est pour lui une manière de faire vivre un lieu qui lui est particulièrement cher. Il venait autrefois avec sa femme, il aimait l’inviter. « Si on abandonne les CNP, on abandonne une période de l’histoire » finit-il les yeux pétillants de souvenirs.

Plus qu’un simple cinéma, les CNP ont une valeur patrimoniale – ils font partis des tous premiers cinémas de la ville de Lyon. Le projet part d’une conviction profonde que Sylvie souligne poings fermés en regardant les affiches des films « nous voulons sauver les salles et les rendre aux Lyonnais tels qu’ils les connaissaient : neuves et plus fonctionnelles mais toujours avec un engagement culturel ». Les CNP ne proposent pas des films produits pour un public de masse, on y trouve à l’inverse des documentaires et des films d’auteurs, qui engagent le public.

« Je n’aime pas cette atmosphère business »
C’est le milieu d’après midi, la projection du Bouton de nacre va bientôt commencer. Les premières places sont achetées par un couple – Martine Bren une dame de 61 ans tout en élégance se tient au bras de son mari.

Tous deux arrivent dans la salle n°1 et se placent au milieu sans hésiter, les nouveaux fauteuils semblent confortables, c’est avec beaucoup de tranquillité qu’elle me confie « Personnellement je ne me rends jamais dans les cinémas UGC ou Pathé, je n’aime pas cette atmosphère commerciale et business où l’on sert du pop corn et du coca. J’avais l’habitude de venir dans les CNP déjà quand ils étaient tout vieux et tout moches, j’y retrouve l’ambiance culturelle que j’apprécie. Je soutiens totalement les cinémas de quartier, ils font du bien à la culture.»

La salle se remplit, une dizaine personnes assisteront jeudi après midi à la projection.

CNP Exterieur - Anouck Oliviero-10 2 © Institut Lumière Photo A. Oliviero - JL Mège Photographies
Tout le monde est invité © Institut Lumière Photo

Solidarité
Les salles UGC pratiquent couramment des réductions. La dernière en date est un ticket à 6 euros qui profite aux personnes payant habituellement le tarif normal à 11,10 euros. Le CNP reconnait que certaines catégories de la société, renoncent à se faire plaisir culturellement en raison de difficulté financière. Le tarif normal ici est à 6 euros.
« On souhaite que les personnes défavorisées puissent aller au cinéma comme tout le monde » confie Sylvie Da Rocha. Par ailleurs celui qui le souhaite peut offrir une entrée à une personne qui, sans cela, n’aurait pas pu venir au cinéma. Voulant encourager cette pratique philanthropique le CNP propose les tickets suspendus à 4 euros, le même tarif que pour les moins de 14 ans. « Ce principe fonctionne très bien, on a déjà reçu dans le CNP de Bellecour des personnes en difficulté ayant bénéficié du tarif » évoque David. Un principe de solidarité qui démontre une envie de résister face à des structures qui ne pensent souvent qu’aux profits qu’elles génèrent.

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Expression artistique de résistance par Sylvie et David ©Marie Patureau

Il faut y croire
Fin d’après midi David profite du calme passager pour aller vérifier que rien n’a été oublié dans la salle n°3. Dans cette action il m’explique d’un ton engagé « Les cinémas de quartier font vivre les films d’auteurs… alors certes les CNP ont énormément de dettes, suite aux investissements et rénovations des salles, mais le projet en vaut la peine, j’y crois ».

L’Institut Lumière s’est porté garant du projet, lorsque Thierry Frémaux décide de sauver les salles CNP Bellecour et Terreaux ainsi que La Fourmi. Cela entre dans la continuité de sa démarche et fait preuve d’un engagement politique et intellectuel, en créant tout d’abord le Festival Lumière, en restaurant des films, en faisant vivre des auteurs et finalement en sauvant des salles.

Telle une entreprise privée le CNP débute avec de grosses dettes auprès des banques, alors pour se mettre dans un projet pareil il faut y croire le rappelle Sylvie Da Rocha « le plan de financement a plusieurs années pour trouver l’équilibre ». L’équilibre budgétaire repose avant tout sur la vente des places, il faudrait atteindre les 55 000 entrées à La Fourmi et 200 000 entrées annuelles sur les 2 CNP (Bellecour et Terreaux) avec un forfait normal à 6 euros. Ce calcul doit permettre de couvrir les remboursements des prêts ainsi que les salaires et autres charges fixes. Reste désormais à remplir les salles.

 

Marie Patureau

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