A la découverte des entrailles du Musée Testut-Latarjet

Le Musée de la médecine et de l’anatomie Testut-Latarjet, dont les collections extraordinaires sont menacées par un déménagement rapide exigé par la faculté de médecine,est  en plein travaux de réhabilitation des locaux. Immersion en mots et en images.

« Accès Musée » : Entrer dans le hall solennel de la faculté de médecine, prendre à gauche, à droite puis descendre un escalier sombre. Sortir dans une arrière-cour du parking, une flèche fluo indique sur un pan de tôle de travaux la direction à suivre. Nous nous approchons du but, reste à monter les trois étages de l’escalier en colimaçon sous une pluie d’automne.  Enfin arrivés ! Les yeux peuvent s’écarquiller sur ce lieu hors du temps.

Entrée dans le musée Testut-Latarjet Crédits: Camille Rolin
Entrée dans le musée Testut-Latarjet
Crédits: Camille Rolin

Fondé par la société de médecine de Lyon, le musée n’a eu de cesse d’évoluer. En 1854, sur une requête du directeur de l’école préparatoire de médecine de Lyon, le préfet Claude Marius Vaïsse accepte le principe de la création d’un Musée anatomique et affecte plusieurs salles de l’Hôtel-Dieu à l’installation des collections. Le musée rassemble à cette époque quelques rares pièces issues des cabinets hospitaliers et de dons privés. C’est le dépôt des collections de la Société Nationale de Médecine de Lyon. En 1921, la Société des Sciences Médicales de Lyon fusionne avec la Société de Médecine. A cette occasion les importantes collections d’anatomie pathologique, normale, comparée et d’instruments, constituées par les membres de cette institution sont incorporées au musée. Dès lors, le musée, lieu de conservation privilégié de tous ces souvenirs nécrologiques de la science, est étroitement lié à la formation médicale à Lyon. Il s’installe dans la nouvelle faculté de médecine en 1877 (l’actuelle université Lumière, quai Claude Bernard), puis en 1930 sur le site du domaine Rockefeller.

Patrimoine de l’histoire de la médecine, mais aussi de la biologie, il est ancré dans une perspective naturaliste ayant pour objectif de croiser les sciences naturelles : les traces d’une telle ambition forment aujourd’hui un cabinet de curiosités hors du commun. Droguiers, herbiers, livres et planches anatomiques et d’observations, échantillons, animaux empaillés…  Toutefois, ce patrimoine rare se doit aujourd’hui d’être déplacé, hors des locaux de la faculté rénovés en 1992. Depuis cette date, il reposait principalement sur les épaules de la participation déterminante des membres de l’association des dons de corps de la région lyonnaise, sans l’aide de fonds privés.

Echantillons de biologie animale et squelette de mammifère marin
Echantillons de biologie animale et squelette de mammifère marin. Crédits: Camille Rolin
Bocaux d'organes conservés.
Bocaux d’organes conservés. Crédits: Camille Rolin

Avec sa mission de « ralentir l’oubli », de rappeler au souvenir le long processus qui a conduit aux découvertes de la science médicale, le musée est un espace particulier qui fait écho à la définition d’un tel lieu que formule le célèbre auteur Orhan Pamuk « un lieu ou l’Espace devient Temps ». A la croisée entre présent et passé, l’avenir incertain du musée résidera un temps dans un bâtiment des années 70 de Rillieux. Un déménagement qui n’est pas sans conséquence : entreposées pour une durée indéterminée dans des locaux prêtées par la mairie de Rillieux-la-Pape, fermées provisoirement ainsi au public sauf cas exceptionnels, un appel à bénévoles a dû être lancé pour prêter main forte.

Empaquetage et déménagement des collections d'anatomie
Empaquetage et déménagement des collections d’anatomie. Crédits: Camille Rolin
Déménager les animaux empaillés n'est pas une mince affaire....
Déménager les animaux empaillés n’est pas une mince affaire…. Crédits: Camille Rolin

Mais le jeu en vaut la chandelle. Car cette mission de mémoire et de patrimoine JC, en charge du musée,  veut la perpétuer. Par le partage, l’échange entre les non-avertis et les connaisseurs, il souhaite que ces derniers ne soient pas seulement passeurs d’histoire mais acteurs de débats. Il se dit au service des ses collections et ne cherche pas à choquer le public, plutôt à questionner le regard ou plutôt la façon qu’il a de se détourner de ce qu’il ne voudrait pas voir, pourquoi ces visions de l’autre déformé, malade provoquent, étonnent, dégoutent ?

Ralentir l'oubli et rappeler au souvenir de l'évolution de l'histoire de la médecine
Ralentir l’oubli et rappeler au souvenir de l’évolution de l’histoire de la médecine. Crédits: Camille Rolin
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Les morts-nés siamois ont ainsi embrassé un destin inattendu. Crédits: Camille Rolin.

Finalement c’est là toute leur puissance, quand attraction rencontre répulsion. Ces êtres amènent à chercher à définir notre humanité, en quoi ces figures « monstres » (au sens d’individus dont l’apparence surprend par son écart avec les normes) nous apparaissent-elles comme plus tout à fait humaines?

Ainsi, malgré toute la polémique que peut susciter leur conservation et les qualificatifs de « musée des horreurs », ce musée est un bel hommage à des vies manquées, qu’elles chuchotent à travers leurs bulles de verre, ce que constitue aussi notre Humanité. C’est là aujourd’hui une autre aventure qui s’ouvre à toute l’équipe et de nouveaux enjeux pour promouvoir cette conception du patrimoine : la création d’ici trois ans d’un des plus grands musées médical composé des collections du musée vétérinaire, du musée dentaire et de ce dernier musée.

Camille Rolin. Elsa Mokrane

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