La presse au musée… ou au placard ?

Avec l’exposition « Scoop : une histoire graphique des journaux et des magazines » qui a lieu du 8 octobre 2015 au 31 janvier 2016 au musée de l’imprimerie de Lyon, la presse écrite entre au musée. La question est désormais : en ressortira-t-elle ? Rencontre avec des journalistes confrontés à leur histoire.

Le 7 octobre 2015, La Page Trois s’est rendue à l’inauguration de l’exposition « Scoop : une histoire graphique des journaux et des magazines » qui a lieu du 8 octobre 2015 au 31 janvier 2016 au musée de l’imprimerie de Lyon. Une foule de journalistes est venue. L’ambiance oscille entre la nostalgie d’une époque révolue et la volonté de s’en sortir.

Entrée du musée de l'imprimerie
La presse écrite fait son entrée au musée de l’imprimerie.
© Sixtine Fourneraut

Sortez les mouchoirs !

Cité en ouverture par le directeur du musée, Joseph Belletante, « Charlie » est dans toutes les mémoires. Chacun se souvient du choc collectif que l’assassinat de toute une rédaction a suscité, mais aussi du regain que la presse écrite a connu dans les jours qui ont suivi. La presse ne serait donc pas morte ? Avec la retombée de l’émotion, il semble que l’espoir ait été vite déçu.

L’historien Gilles Feyel retrace les heures de gloire des journaux français. Depuis 1631 et la fameuse Gazette de Théophraste Renaudot, il éclaire notre actualité avec le regard perçant de l’historien. « Nous perdons des lecteurs tous les jours et pourtant nous avons des moyens extraordinaires, une grande liberté de travail pour le journaliste », lance-t-il à son auditoire.

Mais il serait trop facile de dresser un portrait aussi sombre et de s’en tenir là. « L’apparition du web et des smartphones oblige les journalistes à réinventer leurs formats. Il faut désormais un journalisme court qui puisse tenir sur un petit écran », conclut Gilles Feyel en s’appuyant sur quatre siècles d’une histoire pleine de rebondissements. Le discours est lucide, mais l’ambiance est plombée.

Le journaliste devant son miroir

Au milieu des vestiges d’une presse mourante, nous avons rencontré quelques journalistes de générations différentes.

« Avant on branlait rien et on était bien payé ! »

Frédéric, correspondant du Figaro et délégué général du Club de la presse de Lyon.

Frédéric © Sixtine Fourneraut
Frédéric
© Sixtine Fourneraut

« Moi je n’ai pas de nostalgie. Je n’ai pas de regrets. On évolue avec son temps. On voit que dans l’histoire, il y a eu la presse d’opinion, il n’y avait que ça, et puis il y a eu de la presse d’info, puis il y a re-eu de la presse d’opinion, puis de la presse d’info, etc. Ça serait une nostalgie de croire qu’on va refaire la presse telle qu’elle était avant.

« Je sais qu’il y a plein de journalistes qui vont dire « C’était mieux avant ! », c’est sûr, avant on branlait rien et on était bien payé ! Pardon ! Le rythme n’était pas le même. Et on ne peut pas être moins payé qu’on ne l’est aujourd’hui. »

« Le travail n’est pas de mettre de l’encre sur du papier »

Jacques, journaliste à Intermédia

Jacques © Sixtine Fourneraut
Jacques
© Sixtine Fourneraut

« Malgré ce qu’on en dit il n’y a pas eu tant d’évolution que ça finalement. D’accord les maquettes ont changé, mais il y a toujours du papier, une Une, des gros titres… Fondamentalement, un journal ça reste toujours la même chose. Après, les techniques et les formats sont différents…

Le travail n’est pas de mettre de l’encre sur du papier. Le travail c’est de faire de l’information, peu importe là où on la publie.

De toute façon, tous les médias, c’est de l’écrit. On finit par l’oublier. La radio c’est de l’écrit : le journaliste lit son article. Au JT, le journaliste lit son prompteur… Un film, c’est d’abord un scénario. A la base, il y a de l’écrit. Et puis, on fait toujours de l’écrit. Les publications imprimées continuent à exister. C’est toujours le même métier : faire du contenu, permettre aux gens d’être instruits, de s’informer, de réfléchir. »

« Le journaliste est en train de se réapproprier son public »

Stéphane, pigiste

Stéphane © Sixtine Fourneraut
Stéphane
© Sixtine Fourneraut

« C’est toujours important de savoir d’où on vient pour savoir où l’on va.

Le journaliste est en train de se réapproprier son public en publiant des pure players sur le web. On arrive à toucher des publics qu’on ne touchait pas auparavant. Donc la problématique est toujours la même : comment est-ce qu’on en vit ? On a un public qui veut payer pour une information de qualité. Je pense qu’il y a des publics pour tout. »

« J’ai bien peur que cette exposition soit un peu le chant du cygne de la presse écrite »

Pascal, journaliste au magazine Bibliophile

Pascal © Sixtine Fourneraut
Pascal
© Sixtine Fourneraut

« Je connais l’histoire de la presse, mais voir toutes ces Unes exposées cela donne un peu le vertige !

J’ai bien peur que cette exposition soit un peu le chant du cygne de la presse écrite… Parce qu’aujourd’hui la presse se transforme. Dans quelques années, elle n’existera plus comme on l’a connue, elle n’existera plus en format papier. C’est plutôt ça qui est à craindre. »

A la sortie de l’exposition, on se dit que le bon vieux journal de papa est définitivement fait pour le musée. Sagement rangés derrière leurs vitrines, les gros titres d’hier nous rappellent la belle époque du crieur de rue et des journaux à deux sous. Mais le besoin d’une information fiable et de qualité n’a pas pour autant disparu. Les journalistes d’aujourd’hui devront donc relever le défi de l’ère du numérique, c’est-à-dire, s’adapter. C’est ce que la presse a toujours su faire en 400 ans de vie. Le musée est là pour nous le prouver.

Sixtine Fourneraut

@FSixtine

Crédit photo à la Une: Sixtine Fourneraut

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